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  • Dystopie

Background de personnage: Aberrant

Aussi loin que je me souvienne, ma mère était une illustre Primus qui occupait des fonctions importantes sur Deneb. Nonobstant son rang et sa dévotion, son désir de transmettre son patrimoine génétique causa sa perte. Je fus conçue in vitro, grâce aux gènes d'un Original issu de la Terre, mais je ne connus jamais mon père.

A ma naissance, ma mère ne put se résoudre à m’abandonner comme l’exigeait l’ordre établi.Elle me cacha sur Véga et je grandis recluse dans un local désaffecté sans aucun contact avec le monde extérieur. Une Intelligence Artificielle me tint lieu de nourrice. Ma mère quant à elle me rendit visite chaque fois qu’elle le put, et j'espérais ardemment sa venue.

Dès mon plus jeune âge, ma mère m'enseigna à utiliser les capacités liées à mon patrimoine génétique et à ma nature d’Aberrant. Avec le temps et au gré de mes progrès, elle avait pris conscience de l’injustice et de l’inhumanité qui gangrenaient Deneb. Elle me transmit sa soif de justice et son désir de révolutionner Mars. Emplie d’une fièvre d’équité qui se propageait dans chaque recoin de ma chair, je lui promis d’œuvrer inlassablement à la chute du régime. J’avais déjà une âme de guerrière qui bouillonnait dans mes veines et excitait mon sang. À l’âge de 12 ans, ma mère m’annonça la fin de ma captivité. Ses voyages répétés sur l'acropole avaient attirés l'attention et elle dut se rendre à l'évidence : elle faisait l’objet d’une surveillance accrue et je n'étais plus en sécurité. Elle me jugea alors prête à partir, organisant ma fuite de Véga dans la plus grande discrétion. Elle m’avait transmis suffisamment de force pour affronter mon destin.

Une tribu de chasseuses de prime était prête à me recueillir dans les entrailles de la Fosse. Je ne voulais pas être arrachée à mon foyer, mais ma peur se mêla à de l’excitation. J’allais enfin découvrir le monde, même s’il m’était pénible d’être séparée de celle qui m’avait élevée avec précaution, amour et patience. Par loyauté, je ferai tout ce que ma mère exigerait de moi, me plierai à toutes ses volontés.

Je fis la rencontre d’Utah, cheffe de la tribu d’amazones qui allait m’adopter. Elle transpirait une telle férocité qu’il me fut difficile de soutenir son regard.Dès lors, je sus que je voulais dégager la même aura. Je souhaitais me muer tout comme elle en un être invincible, inspirer la terreur au premier contact.

Seules les plus braves pourraient suivre sa formation. Une décharge électrique parcourut ma colonne vertébrale, mais je pris cela comme de l’adrénaline. Je n’échouerai pas. J’avais fait une promesse à ma mère que je comptais bien tenir. Rien ni personne ne se dresserait sur ma route.

Pour être jugée apte à rejoindre la tribu, je dus me soumettre, comme d'autres avec moi, à des épreuves surhumaines et mortelles faisant appel à notre force, notre intelligence et nos acuités psychiques.

Le soir même, j'étais la seule à être revenue. Au cours d’une cérémonie faite de chants et de danses, j’intégrai officiellement la tribu amazone. Notre chaman me para comme toutes les guerrières, me maquillant les yeux d’une bande noire, avant de me tatouer le visage de ma première marque d’appartenance au clan sous les hurlements des tam-tams, la pleine lune pour spectatrice. Ces marques, symboles de puissance des guerrières du clan, me rapprochèrent de mon but, jusqu'au jour où je serais comme Utha, intégralement couverte de tatouages.

Dès les premiers jours, Utha fit de moi son apprentie, me transmettant les connaissances vitales à tout bon chasseur de prime. Elle se montra souvent taciturne et peu encline aux réjouissances, mais sa froideur n’avait d’égale que sa conscience amère de notre monde dévasté. Seules les plus puissantes, les plus intransigeantes, les plus implacables étaient en mesure de se prémunir contre les autres clans farouches et sanguinaires peuplant les environs.

Dans les années suivantes, mon éducation se passa de bienveillance et de douceur. J’avais cru mon enfance difficile, mais je n’avais pas encore pris la mesure de ce que pouvait être l’adversité. Mes entraînements commençaient aux aurores et se terminaient au crépuscule dans une armure pesant presque mon poids. Il n’y avait pas de place pour la pitié ou les pleurs, pour l’indulgence ou le répit.

Utha me traitait plus durement encore que les autres, me faisant regretter ma place de favorite. La seule fois où elle me parla avec gentillesse, fut le soir où elle m’annonça que ma mère avait été reconnue coupable de trahison. Nous connaissions toutes les représailles d’une telle accusation. Toujours est-il que le sol se fissura sous mes pieds, je sombrai dans un précipice douloureux. Utha me prit dans ses bras et m’autorisa quelques larmes.

Le lendemain, son masque impassible reprit de sa superbe et elle redoubla de sévérité à mon égard. Je sais aujourd’hui que sa rudesse souvent cruelle n’était en réalité que la manifestation de ce que l’on pourrait appeler, de l’affection maternelle. Ainsi, les espoirs qu’elle plaça en moi furent payants. A mon désir de justice s’insinuait désormais celui de vengeance. Un feu sacré coulait dans mes veines.

À 17 ans, je devins l’une des chasseuses de primes la plus redoutable du clan, détenant un palmarès impressionnant de captures et autres missions menées avec succès. Du fait de ma position, je tentai à plusieurs reprises d’engager Utha dans une rébellion à l’encontre du régime martien. Je ne connaîtrais le repos que lorsque les tortionnaires de ma mère auraient été éliminés. Mais à tous mes dessins vengeurs Utha opposa systématiquement un refus. Elle évinçait toutes idées d’embarquer sa famille dans une lutte perdue d’avance.

Ces rebuffades répétées me rendirent presque folle, mon corps et mon âme réclamaient le sang. Je feignis chaque fois l’obéissance résignée, mais la réalité était toute autre. Mon caractère solitaire gagna en efficience, j’évoluai souvent en marge du groupe, prenant silencieusement et graduellement mes distances. Si Utha le ressentit, jamais elle ne m’en toucha mot.

À présent, du haut de ma vingtaine d’années, j’enchaîne des contrats juteux, collectant discrètement lorsque c’est possible des informations révélatrices sur Mars. Je tente d’élaborer secrètement des stratégies révolutionnaires, même si cela me contraindra un jour à m’éloigner de ma tribu.

Mon objectif à terme est de pouvoir attaquer là ou ça fait mal, par petites touches. Je rêve d’égratigner brique par brique le mur que ces monarques pensent indestructible, d’y creuser patiemment des fissures jusqu’à son effondrement total. La destruction de la suprématie martienne est mon leitmotiv.

Ouais, je sais... j’ai toujours eu un côté franchement agaçant.

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